Lecture · C2 Maîtrise

La postmodernité et la crise des grands récits

C2 · 6 min de lecture · 5 questions de compréhension

Objectif : Suivre l'exposé académique de la thèse de Lyotard, ses exemples et les critiques qu'elle a suscitées.

1. Lire

Le philosophe français Jean-François Lyotard a proposé, dans son ouvrage La Condition postmoderne publié en 1979, une définition devenue depuis incontournable de la postmodernité, qu'il caractérise essentiellement par « l'incrédulité à l'égard des métarécits ». Cette formule condensée mérite d'être déployée pour en saisir toute la portée philosophique.

Les métarécits, ou grands récits, désignent selon Lyotard les grandes narrations totalisantes qui ont structuré la pensée occidentale moderne, offrant un cadre explicatif global censé donner sens à l'histoire humaine dans son ensemble. Le récit marxiste de l'émancipation progressive du prolétariat, le récit libéral du progrès continu par la raison et la science, ou encore le récit chrétien du salut, constituent autant d'exemples de ces grandes narrations englobantes, prétendant chacune détenir une clé de lecture universelle de l'expérience humaine.

Selon Lyotard, la condition postmoderne se caractérise précisément par l'effondrement de la crédibilité accordée à ces métarécits totalisants. Cette perte de foi ne procède pas d'un simple désenchantement passager, mais résulterait d'une transformation plus profonde des sociétés contemporaines, marquées par la multiplication des savoirs spécialisés, la fragmentation des identités collectives et une défiance croissante envers toute prétention à la vérité universelle.

Cette thèse, bien qu'extrêmement influente, n'a pas manqué de susciter des critiques substantielles. Certains penseurs, notamment issus de traditions marxistes ou universalistes, reprochent à la postmodernité de sombrer dans un relativisme généralisé, potentiellement paralysant pour toute action politique collective d'envergure, celle-ci nécessitant précisément un récit mobilisateur partagé pour orienter l'action commune.

D'autres observateurs soulignent, non sans ironie, que le rejet postmoderne des grands récits constitue lui-même, paradoxalement, une forme de méta-récit, celui de la fin des méta-récits, révélant ainsi une contradiction performative difficile à résoudre entièrement au sein même de la pensée postmoderne.

2. Vocabulaire clé

  • incontournable
  • l'incrédulité
  • le métarécit
  • englobant
  • l'effondrement
  • la défiance
  • sombrer dans
  • performatif

3. Vérifiez votre compréhension

1. Comment Lyotard a-t-il défini la postmodernité, selon le texte ?
2. Quels exemples de « métarécits » le texte donne-t-il ?
3. À quoi Lyotard attribue-t-il l'effondrement de ces grands récits ?
4. Quelle critique certains penseurs adressent-ils à la postmodernité, selon le texte ?
5. Quelle contradiction ironique d'autres observateurs relèvent-ils ?
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